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Mes filles et la politique : la loi du cœur et de la persévérance en mode urgence

Elles sont petites, mais à la fois si grandes déjà. Pendant 34 ans, j’ai vécu en étant la fille d’un politicien. À l’âge de 34 ans, j’imposais, à mon tour, à mes filles de 7 et 9 ans, ce monde au rythme effréné. Effréné oui, parce qu’elles ont maintenant déjà 12 et 15 ans.

C’est dans un sentiment d’urgence que je me suis lancée en politique. Parce que si je n’y allais pas, en tant que jeune, en tant que femme, par qui cette place serait-elle convoitée? Ce même sentiment d’urgence, il m’habite aussi chaque semaine où je laisse la maison et les enfants derrière moi.

Je suis déchirée entre ces deux sentiments d’urgence. Être plus présente pour mes filles tout en étant présente pour la population. Aujourd’hui, je vous ouvre mon cœur. Ce n’est pas facile d’avouer que ce n’est plus moi qui les accompagne chez le dentiste et le médecin, ni que j’ai manqué les dernières remises de bulletin, ou encore que je ne reconnais pas leurs amies lorsqu’elles me parlent d’elles, tout cela parce que je suis trop souvent absente. Quand j’ai été élue pour la deuxième fois en 2014, ma plus grande a été interrogée par une journaliste. À la question : « Qu’est-ce que ça te fait de savoir que ta maman a gagné ce soir? » La réponse n’était pas d’être heureuse ou fière, mais : « Ben, que je vais la voir juste 52 jours par année encore ».  Ouf… un poignard direct au cœur.

Malgré tout, je suis toujours habitée par cette ferme volonté de faire évoluer la place des femmes dans notre société et c’est pour cette raison que je persévère. C’est pour cette raison que j’ai demandé un mandat d’initiative à la Commission des relations avec les citoyens de l’Assemblée nationale. Pour la première fois, des parlementaires échangeraient sur le sujet afin de proposer des mesures pour pallier les freins identifiés à la présence de femmes au sein de la sphère politique provinciale. Mon opinion? Étant une députée de terrain, quand je parle à une voisine, une conseillère, une amie, ou toute autre femme, elles ne me répondent jamais qu’elles ne sont pas intéressées par la politique parce que le quota ou le mode de scrutin ne les avantagent pas. Elles me parlent de cynisme, d’ambiance, de chicane, de boys club, d’horaire, de conciliation, de transport, du manque de modèles, du manque de confiance, du sentiment d’imposteur, etc.

Elles me parlent avec leur cœur, pas avec des statistiques. Elles me parlent de la réalité, pas d’hypothèses. Et c’est ainsi, sur du concret, qu’il faut, selon moi, se pencher.

En tant que femme, je sais cet objectif de zone de parité atteignable sur notre chemin. En tant que parlementaire, j’agis : je souhaite mettre en place des morceaux de pavés supplémentaires sur la route qui nous y mènera.

Mes filles, en cette journée de la femme, j’aimerais que vous sachiez que je vous aime. Que c’est parce que je vous aime que je persévère chaque jour. Parce que je vous aime que je cours chaque jour pour l’urgence de s’impliquer dans la sphère publique en tant que femme. Parce que je vous aime que mes larmes m’accompagnent sur la route vers Québec, mais parce que je vous aime aussi que je souris à chaque bonne action et à chaque victoire à titre de maman et de députée. Parce que je vous aime que j’ajoute des morceaux de pavés sur la route qui est aussi la vôtre, pour une meilleure représentation des femmes. Et c’est parce que je vous aime par-dessus tout que vous comprendrez un jour cette leçon, que la loi la plus puissante pour moi restera toujours celle du cœur et de la persévérance.

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commentaire (4)

  1. Céline Gagne

    08 Mar 2017 - 17 h 04 min

    Merci Karine pour ce beau message,je suis certaine que t’es filles comprennent très bien tes intentions. Nous avons besoin de femmes comme toi et encore merci .Amicalement Vôtre.
    Céline
    Bonne journée

    • Karine Vallières

      09 Mar 2017 - 8 h 43 min

      Merci Céline 🙂

  2. Emilienne Mampuya

    09 Mar 2017 - 7 h 47 min

    Très bien dit! Merci pour ton engagement! Faut bien que quelques unes d’entreprise nous tracent Le chemin, sinon rien ne changera! On gagnerait à vous voir et vous entendre plus souvent!

    • Karine Vallières

      09 Mar 2017 - 8 h 44 min

      Vous me faites du bien! Merci!

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